Jacques Pugin

Porfolios

2009 - 2013 Les cavaliers du diable

 

 

où sommes-nous ?

La nuit… des traces lumineuses, peut-être des voûtes célestes, un monde onirique, empreint de mystère.

 

Mais derrière le rêve apparent, se cache une réalité plus proche du cauchemar:

Ces traces sont les vestiges de la guerre civile au Darfour; des exactions perpétuées par les Janjawids (les cavaliers du diable) qui ont violé les femmes, tué les enfants, massacré les populations, avant de brûler les villages, ne laissant rien d’autre que les cendres des maisons et clôtures.

Pour la première fois dans sa carrière, l’artiste-photographe Jacques Pugin a choisi de travailler non pas sur ses images, mais en utilisant des clichés empruntés sur internet. En effet, ces photos satellitaires sont tirées de Google Earth, et ont été prises à des milliers de kilomètres du Darfour.

A leur état premier ces images sont des traces noires, mortes, de l’histoire archivée, ce que voit l’œil du satellite. Les échos des événements, comme disent les archéologues :

« Ceci est arrivé ici ».

Jacques Pugin a choisi d’appliquer à ces images un double traitement, d’une part en retirant la couleur, puis en les inversant, signifiant ainsi symboliquement le caractère fondamentalement noir et négatif de la barbarie dont elles sont le témoin. Le rendu des images en négatif transforme aussi les lignes noires en traces blanches, les remplissant de lumière, la lumière du passage du feu.

Le résultat très graphique et a priori abscons suscite dans un premier temps le questionnement, et ce n’est qu’après une lecture plus attentive que les images révèlent leur sens et leur violence.

Si ce travail s’inscrit dans la continuité des recherches entamées par le photographe en 1979 sur les traces, avec la série Graffiti Greffés, cette fois Jacques Pugin a une démarche plus politique. Alors que le Darfour est très difficile d’accès pour les journalistes reporters, l’artiste questionne le rôle d’internet, en faisant de Google Earth, de manière indirecte, une forme d’outil de reportage, de témoignage vu du ciel.

 

Where are we?

 

Night… luminous traces, maybe celestial vaults, an oniric world full of mystery.

 

Hidden in what seems like a dream is a reality which is closer to a nightmare:

These traces are vestiges of the civil war in Darfour; abuse performed by the Janjawids (The Knights of the Devil), who raped the women, killed the children and slaughtered the population, before burning down the villages – leaving nothing but the ash of homes and fences.

For the first time in his career, Jacques Pugin, artist photographer, has chosen to work on images which are not his own, using clichés borrowed from the internet. These satellite images are actually extracted from Google Earth, taken from millions of kilometers above Darfour.

In their original state, these images are dead, black traces of archived history, as seen by the eye of the satellite. They are simply echoes of events. As archeologists would say: “This happened here”.

Jacques Pugin has chosen to work on these images by applying a double treatment. Firstly by draining all colour, making them black and white, and secondly by inverting them, pointing to the symbolic and fundamentally dark, negative nature of the barbarity which they witness. Turning the stills to negative also transforms all black lines into white traces, filling them with light – the light of the passage of fire.

On a first reading, the decidedly graphic yet seemingly obscure nature of these images stimulates our curiosity, yet it is upon deeper observation that the captured photographs reveal their intrinsic meaning, their violence.

If this work can be said to belong to the photographer’s continued research on traces, started in 1979 with the Graffiti Greffés (Grafted Graffiti) series, this time, Jacques Pugin’s drive is primarily a political one.

Conscious of journalists’ lack of access into the Darfour region, the artist questions the role of the internet by indirectly transforming Google Earth into a reporting tool that witnesses from high above.

 

Les cavaliers du diable, écrit par Christian Caujolle dans L'Oeil de la photographie du 11 septembre 2014

 

Les cavaliers du diable, écrit par Christian Caujolle dans L'Oeil de la photographie du 4 mars 2015

 

Les cavaliers du diable

 

Comment photographier la guerre ? Certainement pas en répétant les images de cadavres, affirme celui qui a décidé de s’approprier et de retraiter les vues satellite des villages brûlés au Darfour — au moins 300 000 morts entre 2003 et 2006 — et pose la question de façon radicale. Débarrassées de leurs couleurs, transposées en négatif noir et blanc les captations de Google Earth deviennent des graphismes. On n’y trouvera certes pas d’informations, mais, incontestablement, de la forme. Ce n’est, à vrai dire, en rien différent de ce qui se passe avec les images issues de la tradition du photojournalisme, qui ne peuvent participer à un processus d’information que dans un contexte qui les accompagne de textes, de chiffres, de graphiques, de mise en page. L’information ne saurait provenir de l’image elle-même, qu’elle ait été réalisée dans la tradition photographique ou qu’elle soit produite par la sophistication des technologies récentes. Les satellites — qui balayent tout, surveillent tout — nous approvisionnent en formes. A décrypter. Tragiques dans le cas présent.

Les cavalier du diable, written by Christian Caujolle, The eye of photography,

11 september 2014

 

Les cavalier du diable, written by Christian Caujolle, The eye of photography,

march 4, 2015

 

The knights of the devil, "Les Cavaliers du Diable"

 

How does one photograph war? Certainly not by repeating pictures of corpses, answers the author who decided to re-appropriate images and subject satellite views of burnt villages in Darfur –with at least 300,000 dead between 2003 and 2006– to another treatment, posing the question in a radical fashion. Freed of their colours and converted into black and white negative, the Google Earth captures become graphics. We will not find information, but we will, indisputably, have the form. This is no different, to tell the truth, from what happens with images created from the tradition of photojournalism that can only constitute part of an information process in a particular context accompanied by texts, figures, graphics and layout. The information could not be derived from the actual image if it were produced in the photographic tradition or by the sophistication of recent technologies. Satellites –which sweep everything, monitor everything– supply us with shapes. Shapes to be deciphered. In this case, denoting tragedy.

Livre de

Jacques Pugin

"Les cavaliers

du diable", 2014

 

préface de

Christian Caujolle

 

Ouvrage de format

30 x 30 cm de 64 pages, édité à 300 exemplaires dont 20 de tête, numérotés et signés, dans un coffret accompagné d’un tirage original de format 30 x 30 cm.

 

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Dépôt légal octobre 2014

ISBN 978-2-9547796-1-4