Jacques Pugin

Porfolios

2017 Glaciers offset

 

GLACIERS OFFSET

 

Depuis bientôt quarante ans, Jacques Pugin se contente rarement de photographier le réel : très souvent, l’artiste aime à dépasser la simple réalité enregistrée par un capteur. Sa photographie prend alors des formes surréalistes – littéralement «au-delà du réel» – dans sa conception, davantage que dans son contenu.

 

Avec sa dernière série Glaciers Offset , il survole, tout comme dans sa précédente série Glaciers,  ces étendues de glace qui ne cessent de fondre inexorablement. Mais, cette fois, plutôt que d'en proposer une image figée, il filme son vol à la cadence cinématographique. Puis, dans son laboratoire numérique, il décompose ces 24 images par seconde, et recrée, grâce à un subtil jeu de transparences, de sélections multiples, de successions de plans plus ou moins clairs ou foncés, une image des glaciers tels qu’autrefois, à la frontière du réel.

 

Alors que la cadence de fonte des glaciers s’accélère, Jacques Pugin recompose, en somme, via cette technique plasticienne, les glaces à jamais disparues, dans une tentative de compenser, de contrebalancer (offset) l’effet du réchauffement climatique. Il donne à cette série le nom d’un procédé d’impression, tout comme lui imprime les couches d’images et de vidéos.

 

Tirées en grand format panoramique, ces images évoquent autant la précision parfois glaciale des captations numériques que la texture souvent très sensuelle d'une aquarelle peinte à la main. Ses tirages déclinent leurs tonalités en camaïeu presque monochrome pour aboutir à une image symbolique, hors du temps, mystérieuse, d'où s'extraient la dureté des séracs, le tranchant des crevasses, la beauté fulgurante de ces vastes étendues vouées à la disparition.

 

Comme dans un rêve où l'image se brouille, comme dans une ivresse qui fait vaciller les sens et qui trouble la perception, la série Glaciers Offset renoue avec la perception de la montagne qu'avaient les grands-maîtres de la peinture depuis le XVIIIe siècle.

 

Christophe Dutoit, journaliste, octobre 2017