Jacques Pugin

Porfolios

2009 - 2015 day after day

 

Cervin, (4'478 m)

 

La montagne par excellence. Avec face nord (à droite), face est (à gauche) et l'arête Hörnligrat. Photographie d’une webcam à partir du village de Zermatt, depuis le quartier Steinmatte, en direction du sud-ouest.

 

Day after Day

 

 Avec son projet « Day after day » Jacques Pugin fait une fois encore preuve d’avant-gardisme dans la production photographique contemporaine.  Ce nouveau travail, à première vue, s’inscrit dans un moment qualifié de  « post-photographique » par l’éditeur et journaliste d’art Robert Shore. On ne parle plus dans cette nouvelle ère de « photographe » mais d’artiste utilisant un appareil photo voire de photographe ayant cessé d’utiliser l’appareil photographique pour produire son œuvre à partir d’images existantes, le plus souvent trouvées sur la toile. Jacques Pugin s’inscrit ici très certainement dans ce moment tout en s’en distinguant cependant. Une analyse minutieuse de ce projet montre que l’artiste va encore plus loin. Il repousse encore les limites de son art et nous surprend à nouveau en nous offrant un autre regard sur un sujet qui lui est cher : la montagne. En résulte un corpus palimpseste d’une infinie beauté.

 

L’aventure commence en août 2009. Le site internet de Zermatt met quotidiennement en ligne une image captée par une webcam du Cervin, point culminant à 4478m. Pendant 5 ans, Jacques Pugin enregistre précieusement ces images actualisées chaque jour, les traitant telles des photographies instantanées. Ces documents, filtrés par la subjectivité de l’artiste, deviennent des manifestations visuelles éphémères d’une nature en perpétuel mouvement. Ainsi la webcam remplace l’appareil photographique de l’artiste, voyageur immobile, renouvelant sans cesse son regard sur cette montagne. Elle devient « ses yeux ». En visionnaire, l’artiste trie ces images enregistrées, privilégiant celles laissant apparaître les traces laissées par les variations du temps : brouillard, pluie, neige… mais aussi celles publiées en ligne malgré certains aléas techniques : certains jours la caméra ne fonctionne pas. L’artiste capte aussi ces images noires.

 

Ce détournement de l’image de son rôle initial doit se comprendre à plusieurs niveaux, d’où la référence initiale au palimpseste.

 

En capturant ces simples témoignages de la météo de l’instant- des images vouées à être englouties parmi les milliers d’images produites quotidiennement sur le web-  et en leur donnant une vie de papier, l’intention de l’artiste est de figer l’éphémère, en produisant une vision pérenne,  permanente, « durable ».

 

Une fois ces images de 50ko choisies méticuleusement, Jacques Pugin en fait des tirages de grande taille (100 x 133 cm) faisant ainsi apparaître les pixels de couleurs. Les frontières entre photographie et peinture se brouillent. Ces images, à l’origine purement informatives, deviennent des photographies picturales.

 

Jacques Pugin renverse aussi l’idée originelle développée par William Henry Fox Talbot en 1844 selon laquelle l’appareil photographique n’est autre qu’un « crayon de la nature ». La nature, au gré des variations climatiques, qu’il fasse beau, qu’il pleuve ou qu’il neige, transforme le sujet photographié (Cervin), faisant oeuvre artistique, comme le ferait un artiste. Nous ne parlons plus d’une œuvre sans auteur mais d’une œuvre sans outil. Le photographe pousse les limites de son art en se libérant de manière abstraite de son outil pour atteindre l’essence. Jacques Pugin, poète, signe une œuvre résolument contemporaine, rendant avec élégance et subtilité un  hommage immense et bouleversant d’humilité à « Dame Nature », ici la seule véritable artiste ?

 

 

Hélène Beade.

Visual Arts Professor

 

 

Matterhorn (4,478 m)

 

The Mountain of Mountains. With its north wall (right), east wall (left) and the Hörnligrat. Zoom view down to the village of Zermatt, Steinmatte quarter from the southwest.

 

Day after Day

 

With Day After Day, Jacques Pugin has reaffirmed his avant-garde approach to contemporary photography. At first glance, the work appears to display the characteristics of what arts journalist and editor Robert Shore qualifies as "post-photography". In this context, rather than "photographers", we speak of artists who utilize cameras or image-making devices to produce new works sourced from pre-existing, usually web-found, images. Yet while Pugin can legitimately be associated with this movement, he nonetheless stands out as unique. Indeed, conscientious consideration of Day After Day reveals that he has reached farther than others. He has pushed beyond the limits of his art such to surprise with a novel view of a favorite subject--the mountains. The result is a palimpsest composition of infinite beauty.

 

It all began in February 2010, when Switzerland's Zermatt ski resort started to post daily webcam images of the 4478-meter high Matterhorn mountain online. Pugin collected these pictures for 5 years, diligently saving the daily updates of the same image. With the webcam replacing both the camera and the artist's eye, the photographer has become a stationary traveler whose gaze is drawn to the same mountain, again and again. Treating each image as if it were a snapshot, he has transformed the documentary images into a visual representation of a fleeting, ever-changing Nature. Sorting through the webcam images, Pugin took particular interest in those bearing marks of the varying weather: fog, rain, snow... He also retained images posted despite technical glitches, those from days when the webcam did not function properly. He kept the resulting blank, black images.

 

The act of diverting images from their initial purpose may be understood on many different levels, hence  the earlier reference to a palimpsest.

 

The captured webcam images testify to the weather on a particular day. They were destined to get lost among the thousands posted on the web every day, but Pugin brought them to life. He has detained fleeting moments. The ephemeral is available for contemplation due to the artist's production of a stable, durable vision. Large format (100 x 133 cm) prints of selected 50 ko images expose individual pixels of color, blurring the already fine line between photography and painting. Images intended be merely informative have become photographic works of art.

 

The work inverts an idea put forward by William Henry Fox Talbot's in 1844, that photography is "the pencil of nature". Here, as the weather shifts from sunny to stormy to snowy, Nature transforms the photographic subject (the Matterhorn), carrying out a creative process much like an artist. This is not an anonymous work of art, but simply an uncrafted work of art. Pugin has expanded the boundaries of photography and liberated himself from the tool of his trade in order to attain the essence of his art. Day After Day is a fundamentally contemporary, poetic work that subtly and elegantly pays immense, moving tribute to Mother Nature, perhaps the only genuine artist in our midst.

 

 

Hélène Beade.

Visual Arts Professor

 

 

 

 

 

détail d'une image au format 100 x 133 cm

1970 images mises bout à bout à raison de 25 I/S

Camera située sur le balcon, chez le propriétaire de l'Hotel Ambiance, Mme et M. Hannelore et André Köslich, à Zermatt en face du Cervin.

 

Hotel situé dans un quartier calme du Steinmatte à Zermatt

www.hotelambiance.ch

vue depuis le lieu de la camera avec un smartphone !